par Mois Benarroch
Un roman labyrinthique sur l'identité, l'exil et la mémoire, signé par une voix majeure de la littérature séfarade contemporaine.
Dans le Jérusalem des années 2000, un écrivain d'origine marocaine, traducteur et éditeur, s'effondre un matin dans une boutique de chaussures de la rue Yaffo. Cet homme, qui pourrait être un double de l'auteur lui-même - Mois Benarroch, né à Tétouan (Maroc) en 1959, élevé dans le choc des cultures et des langues -, est saisi par un souvenir qui n'est pas le sien : la sensation violente d'un accident de vélo survenu à une fillette de huit ans à Austin, au Texas. La caissière qui le secourt, Mercedes, boite légèrement. Et soudain, il sait, avec une certitude effrayante, que sa jambe a été amputée suite à cet accident dont il vient de revivre le traumatisme.
Entre autobiographie fictive et fiction autobiographique, Mois Benarroch, lui-même écrivain polyglotte (hébreu, espagnol, anglais) et traducteur, construit un récit-miroir. Le narrateur, comme Benarroch, est un Séfarade déraciné, tiraillé entre l'hébreu de sa vie adulte en Israël et l'espagnol (ou le haketia) de ses ancêtres, cette langue maternelle qui cesse peu à peu d'être « naturelle ». Il erre dans une Jérusalem en perpétuels travaux, hantée par les attentats (l'allusion au restaurant Sbarro est directe), une ville-mémoire où chaque pierre semble porter le poids de l'Histoire et de la violence.
Le « vol de mémoires » devient une puissante métaphore de la condition de l'écrivain, et plus largement, de l'être humain en exil. Benarroch, dont la famille a quitté le Maroc pour Israël dans sa jeunesse, transfère à son personnage cette sensation d'être habité par des passés multiples, personnels et collectifs. Le narrateur porte en lui le poids de l'Histoire séfarade, de l'expulsion d'Espagne en 1492, de la vie en diaspora, de la Shoah - un événement dont on lui conteste parfois le droit d'écrire, en tant que Séfarade. Il est aussi hanté par les micro-histoires individuelles : l'avortement secret d'une femme qui laisse place à la sclérose en plaques, le viol jamais dit, le deuil impossible.
L'écriture elle-même est au centre du questionnement. Faut-il écrire pour exprimer ce qu'on a vécu, ou pour exorciser ce que les autres ont vécu à notre place ? Le roman se présente comme un chantier, avec ses notes, ses digressions, ses reprises, ses doutes. Benarroch défend l'idée d'une écriture vitale, nécessaire, qui n'obéit pas à un programme commercial mais à une urgence intérieure, à la manière d'un Sabato. Le livre devient alors un espace où la réalité et la fiction s'interpénètrent, où les personnages de roman deviennent aussi réels - sinon plus - que les personnes de chair et de sang.
Roman philosophique, poème en prose, journal intime éclaté, Le Voleur de mémoires est une oeuvre ambitieuse et envoûtante. Elle offre un portrait saisissant d'un homme à la croisée des cultures, des langues et des histoires, et propose une réflexion inoubliable sur les fantômes qui nous habitent et les histoires que nous volons - ou qui nous volent - pour continuer à exister.
Pour les lecteurs de W.G. Sebald, Edmond Jabès, Antonio Muñoz Molina et Milan Kundera. Pour ceux qui croient que les frontières entre le réel et l'imaginaire sont poreuses, et que les livres les plus profonds sont ceux qui osent questionner les fondements mêmes de la mémoire et de l'écriture.
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